Nelly Arcan, Accent Grave

9 Octobre 2007

Permalink 19:46 pm, Nelly Arcan / Accent Grave, 395 mots  

Les groupies : encore, encore...

Les groupies sont intenses.
La fougue qu’elles (groupie est un nom de genre féminin) mettent dans l’adoration de leurs idoles dépasse bien souvent leurs mérites artistiques : ce n’est d’ailleurs pas tant leur «art» qui les émeut, ces groupies, qui les poussent à des extrémités telles qu’en arracher une mèche de cheveux et faire voler des soutiens-gorge, que leur personne en elle-même. Ou ce qu’elles représentent.
Soyons clairs : les groupies veulent connaître intimement leurs idoles et être connues d’elles, entrer dans leur vie, avoir pour ces idoles la même importance qu’elles ont pour elles. C’est une affaire personnelle, de cœur. Une déferlante. Souvent l’érotomanie – du côté des femmes – n’est pas bien loin.
C’est précisément l’intensité de l’admiration, ou mieux de l’adulation de ces idoles qui sépare les groupies des simples admirateurs, supporteurs, défenseurs – peu importe.
Ce qui me surprend – et que j’ai appris dernièrement – est que 85% des groupies ont comme idole un homme. Ce qui veut dire que les hommes, aussi bien que les femmes, jettent leur dévolu «hystérique» sur des hommes, du moins dans une très large mesure.
Bizarre à première vue. D’un côté les hommes cherchent des modèles, mentors, héros, des homme auxquels s’identifier pour – on le dirait bien – s’élever à leur niveau, et du côté des femmes, ce qui est recherché est… la possession physique de l’être adulé? Être l’objet du désir de la célébrité mâle?
Les femmes ne seraient donc pas suffisamment valables, héroïques, admirables, pour constituer des mentors, des modèles pour les hommes et la célébrité des femmes n’aurait pas sur eux le même effet érotisant que sur les femmes – ce qui, à la limite, peut s’expliquer par l’ordre symbolique actuel…
Mais ce qui est effarant, c’est qu’il semble qu’elles ne le soient pas, non plus, pour les femmes elles-mêmes. Les femmes préféreraient donc être désirées par leurs idoles masculines, plutôt que de laisser l’influence des femmes accomplies, consacrées, les modeler à leur image, les élever à leur niveau.
Ce constat laisse pour le moins songeur.

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30 Juillet 2007

Permalink 13:28 pm, Nelly Arcan / Accent Grave, 506 mots  

Le Tour de France : Obélix dans la marmite

Partout on parle de «La grande chute du Tour», et les honnêtes gens font entendre leur indignation, déclarent qu’ils auraient préféré que le Tour de France n’eût jamais lieu. Ils ont honte. Surprendre un si grand nombre de cyclistes à se doper est une véritable offense à la face du public, parce que le public, s’il veut être ébloui, s’il veut du spectaculaire, s’il veut quelque chose de bon et de fort sous la dent, ne veut pas être leurrer sur la force physique réelle des athlètes. De la vérité, de grâce, dans la performance. Du naturel, je vous prie, dans le surhumain.
Toute la misère de cet événement éclate maintenant au grand jour. On parle de milliers de reportages et d’articles de presse en moins d’une semaine, dans lesquels on ne cesse d’être étonnés, déçus, consternés. Du haut de cette consternation, on critique, on siffle son dégoût.
Eh bien de mon côté, c’est de cet étonnement, et de cette consternation, que je suis étonnée. Pas besoin de regarder bien loin pour se rendre compte que nous vivons dans un monde qui ne cesse de nier les limites physiques du corps. Vieillir est aujourd’hui une maladie qui se soigne. Même le désir sexuel déclinant trouve son remède dans la panoplie de pilules telle le Viagra. Que ce désir perdre de son intensité avec l’âge n’est plus un processus naturel qui doit être accepté mais un «trouble de l’érection», donc un problème auquel remédier. Être déprimé n’est pas un état normal et passager rattaché au fait d’être en vie, donc de rencontrer l’échec à tout moment et de perdre, un jour ou l'autre, ce qui nous est cher, mais un «déséquilibre biochimique» fort probablement d'origine génétique - qui exclue donc toute responsabilité personnelle.
Jamais le corps n’a eu autant de dysfonctions (qui semblent se multiplier au fur et à mesure que la science progresse), tout simplement parce que ces dysfonctions, inévitables et naturels, ne sont plus acceptées ; elle sont non seulement jugées outrageantes, mais comme un «manquement» de la nature à l’endroit de nos exigences physiques qui, elles, n’ont plus rien de naturelles. Cette impossible acceptation est, on le sait tous, entretenue par l’industrie pharmaceutique, qui va vous vendre un traitement pour la moindre sensation incommodante, mais aussi vous «améliorer» sans cesse. Vous êtes un sportif en bonne santé? Vous n’êtes pas malade? Qu’à cela ne tienne, car vous pouvez aller mieux.
Que le dopage dans le sport soit honteux, que le Tour de France soit une grande déception pour tous, soit. Mais n’oublions pas que le Tour de France est aussi un miroir de l’Occident, qu’il est le reflet d’une idéologie de la performance physique dont on refuse les limites.
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10 Juillet 2007

Permalink 20:11 pm, Nelly Arcan / Accent Grave, 330 mots  

Juste pour... Rozon

Le festival Juste pour rire vient d’ouvrir ses portes. On voit «poper» Gilbert Rozon à tout bout de champ, cette pompe à fric, plusieurs fois millionnaire, qui exige de la Ville plus de fonds – publics, bien entendu. Un air scandalisé, une allure cravatée, bref, un rusé ; il menace de se tirer à Toronto s’il n’obtient pas plus, s'il doit payer pour recycler et pour s'offrir des policiers : plus d’argent pour faire plus de publicité, mettre sur pied un festival au moins deux fois plus gros d’ici quelques années, pourquoi pas trois fois, avec deux ou trois fois plus de jumeaux dans la parade de jumeaux, nous dit-il sur les ondes de Radio-Canada ; plus de publicité pour de plus grosses affaires afin d'importer les «excroissances» du festival partout dans le monde. Un businessman qui a à cœur la culture du rire. Et ses franchises.
Ah! On vient à l’instant de dire, encore sur les ondes de Radio-Canada - excusez-moi pour le pitoyable manque de sources et de références culturelles, c’est Prevate, le rédacteur en chef du ICI, qui me pousse dans le dos pour que j’écrive là-là, sur le champ, un mot sur mon blogue -, je disais donc qu’un homme, ami de Rozon, vient d’affirmer que le dit Rozon s’est toujours senti comme un imposteur, que son père a abusé de lui en l’écrasant de sa colère, qu’il a, au fond, un fond autodestructeur qui le mine, qu’il s’en veut souvent pour des riens, que c’est pour cela qu’il ne sait pas se défendre devant les caméras. Souvent, on a été trop dur avec lui.
Je ne sais pas, mais pendant ce temps-là, ce sont les Montréalais qui garnissent les coffres des fonds publics de la Ville. Est-ce que nous y tenons tant que ça, à ce que le Festival juste pour rire étende ses tentacules - si belles soient-elles?


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3 Juillet 2007

Permalink 18:21 pm, Nelly Arcan / Accent Grave, 177 mots  

More Moore

Ah, Michael Moore. On l’aime. On partage tous sa consternation d’avoir été, la semaine dernière, «bumped» par Larry King pour Paris Hilton, le privant ainsi de l’heure complète à laquelle il aurait dû avoir droit pour parler de son dernier opus : SICKO – qui est, en passant, excellent, gros, gras, souligné à gros traits, mais d’une efficacité remarquable. Craquant. Et l’autodérision dont il fait preuve face à son «américanité» fait qu’on lui pardonne sa manière de jeter de la poudre aux yeux.
En effet Larry King a choisi de couper court à une entrevue qui devait durer une heure complète pour faire place à Paris Hilton, cette grande martyre du système judiciaire américain, qui a fait 23 jours de prison et qui a perdu, lors d’une soirée à Ibiza, des boucles d’oreilles de 3,5 millions de dollars. L’entrevue la plus longue, et la plus embarrassante (parce que sans véritable sujet), que j’ai vue de ma vie.
Il faut se pincer, des fois qu’on rêverait.


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19 Juin 2007

Permalink 14:22 pm, Nelly Arcan / Accent Grave, 392 mots  

Réseau de pédophilie démantelé

Un réseau international de pédophilie a été démantelé cette semaine sur Internet par des policiers de plusieurs pays. 700 suspects ont été arrêtés de par le monde.
Le réseau opérait sur un forum de discussion appelé «Les enfants, la lumière de nos vies.» Vous saisissez l’ironie?
L’animateur de forum pédophile, Timothy Cox, qui se faisait humblement appelé «le fils de Dieu» sur Internet, possédait sur son seul système informatique 76 000 images sexuelles explicites mettant en scène des enfants.
Il a été condamné, notez bien, à la prison «jusqu’à ce qu’il ne soit plus considéré comme une menace pour les enfants.»
Qu’est-ce que ça veut dire? Croit-on qu’un homme possédant une telle quantité d’images pornographiques – imaginez le temps investi en téléchargement, en branlettes, en recherche, imaginez le nombre d’enfants impliqués – croit-on que cet homme peut, un jour, par une quelconque thérapie, ne plus constituer une menace pour les enfants? Si vous allez en thérapie pour soigner votre peur des araignées, il n’est même pas sûr que vous guérissiez. Et on ne parle pas d’un «accident de parcours» causé par le stress d’une séparation conjugale, comme disent parfois les agresseurs d’enfants. On parle que quelqu’un qui a consacré sa vie (à 27 ans déjà 76 000 images accumulées) à la satisfaction de ses désirs pédophiles et au trafic d’images. À mon sens, même chimiquement castré, il mérite d’être enfermé à vie. Peu importe les origines – familiales, sociales ou génétiques (d’ailleurs aucune preuve, que des hypothèses) – de ces pulsions. Redonner la liberté aux pédophiles à ce point actifs et engagés dans l’entretien d’un réseau d’envergure, et à ce point cyniques («Les enfants, la lumière de nos vies», «Fils de Dieu») revient à comprendre, donc tolérer et pardonner la pédophilie, en en faisant un phénomène médical, en perpétrant l’illusion qu’il existe une cure, que la «maladie» est soignable, alors qu’il n’en est rien. Si le pédophile n’est plus pédophile, ce n’est pas parce qu’il est guéri, mais parce qu’il s’abstient, tout simplement. Ce qui est rarissime.

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